Zohra est l’un de mes tout premiers textes écrits pour être chanté. C’est mon ami Chokri Trabelsi qui en est à l’origine — un ami de longue date, partenaire musical depuis 2010, avec qui j’ai joué dans plusieurs groupes : Maghré-Cumbia, Vent d’Orient. Il m’avait demandé d’écrire une chanson sur l’exil forcé, la nostalgie. Et ça m’a parlé immédiatement.
Parce que cette histoire, je la porte en moi. Pas seulement à travers mon propre parcours, mais à travers toutes ces âmes qui ont dû quitter l’Algérie — surtout au moment de l’indépendance. Des gens qui n’étaient là que pour vivre, et qu’on a arrachés à leur terre à cause de la situation, à cause d’autres. Pas par choix. Par obligation.
Zohra, en arabe, ça veut dire « la fleur ». C’est la beauté du pays qu’on laisse derrière soi. C’est aussi le nom d’une femme qu’on quitte à regret — cette fleur qui fane dès lors que notre regard n’est plus posé sur elle. Et c’est enfin un hommage à ma grand-mère, que je n’ai jamais connue. Zohra, c’est elle aussi.
L’intro en arabe, c’est cette langue qu’on emporte partout avec soi — la dernière chose qu’on ne peut pas laisser au pays.
Paroles
بلادي، يا حبابي. يا ماليا، مشيت بعيد و خليتكم
امنوني راكم في بالي و في قلبي، شحال تمنيت لوكان بقيت معاكم حياتي كامل
يا خسارة، تحتمت و روحت باعدت بلا ما انخبركم.
ماشي بسبابي و لا بسبابكم، هما خبروني البلاد خربوها، و أنا خلصتها
Mon pays, mes amis, ma famille, je vous ai quitté, je suis parti,
Croyez-moi, je vous envie, j’aimerais vous avoir toute la vie
Je suis parti, je vous ai rien dit, ce n’est pas à cause de moi, on m’a dit
Ils ont fait du mal à mon pays, et moi j’en ai payé le prix
Je ne te vois qu’en fermant les yeux,
À voir tes plaines, tes paysages, ah mes jours heureux
De mes amis reste des visages, ils étaient jeunes, devenus vieux
Le temps est bien passé, le temps est bien passé…
Ya Zohra ma bien-aimée
Dans mes oreilles, retentissent comme des sirènes
Les cris, les souffrances et la peine,
Mon pays est ton royaume… oui ! Tu es ma reine
Ils ont dit que nous sommes si différents,
Prétendant être des amants,
Savaient-ils, oh non… qu’on s’aimait autant
Les cimes s’éloignent, accompagnant mon exil,
Notre amour est en péril, me rappelant ta chevelure, toi ma belle Kabyle,
Le temps nous a arraché, le temps nous a décimé,
Les temps me semblent mauvais, ya Zohra ma bien-aimée
Ils me disent qu’à moi s’offre une nouvelle vie
Profite de ces terres… à qui les ai-je prises ?
L’histoire se répète ! ne leur a-t-on pas appris ?
Le temps s’en chargera peut-être, Zohra ma bien-aimée
